Et si malgré mon amour inconditionnel, mon chien ne m’aimait pas ???
Ne vous êtes-vous jamais posé cette question ? Moi, si.
J’en ai débattu avec les personnes de mon entourage ayant un chien et toutes, je dis bien toutes ont déclaré catégoriquement : « Mais bien sûr qu’il m’aime, quelle question absurde !? » me renvoyant d’un seul coup de baguette magique à mes doutes existentiels.
Ne voyant vraiment pas par quel bout prendre la « chose », je me mis à cogiter sur l’Amour et le sentiment amoureux… D’autres s’y étaient brûlé les doigts bien avant moi, je ne tarderais guère à en faire de même…
En bonne élève, je m’appliquais à identifier, parmi toutes les définitions du Petit Robert, laquelle serait la plus appropriée pour caractériser l’hypothétique, amour du canidé à mon encontre. La tâche s’avéra rude, car entre le pédant : « Disposition favorable de l’affectivité et de la volonté à l’égard de ce qui est senti ou reconnu comme bon, diversifiée selon l’objet qui l’inspire » et le très insipide : « Goût très vif pour une chose », je n’y trouvai vraiment pas mon compte. Je ne lâcherais pourtant pas l’affaire. J’allai percer ce mystère coûte que coûte. Juju me regardait l’air interloqué.
Intellectuellement
Mon chien pouvait-il atteindre cet état de grâce qui fait que deux êtres se comprennent sans parler ? Pouvions-nous d’un commun accord outrepasser les sujets qui fâchent ? Ressentir au plus profond de nous-mêmes ce sentiment de plénitude si parfait ? En toute logique, je ne pouvais acquiescer.
Comment un quatre pattes, se situant, tout au plus sur le premier échelon de la pyramide de Maslow (1), pouvait-il à la fois m’inspirer de la sorte ? Le chien est un être opportuniste, doté d’un sens de l’adaptation extraordinaire, ne pas abonder dans ce sens, c’est faire fi de tous ces siècles de domestication. S’il a la possibilité de « choisir », le chien optera toujours pour la situation la « moins pire », celle qui correspondra à son intérêt.
Bien déçus seraient tous ces propriétaires qui font passer de vie à trépas leur fidèle compagnon, le croyant incapable de survivre à
leur départ !!! Quel égoïsme, quelle vanité du bipède que voilà ! J’entends déjà des voix s’élever : « Et Madame Je Sais Tout, comment expliquez-vous que des chiens se
laissent mourir sur la tombe de leur maître ? Si ce n’est pas de l’amour, ça ? ». Effectivement, l’idée est séduisante… pourtant, moins romantiquement parlant, on pourrait tout
aussi y voir un conditionnement tel - conscient ou inconscient de la part du maître – qui aurait conduit le chien, jusqu’à l’annihilation pure et simple de tous ses instincts y compris celui de
survie. En d’autres termes, un chien incapable, mentalement, viscéralement, de se reconstituer d’autres repères.
Un amour idéalisé
Aurions-nous hommes et femmes de bonne composition confondu cette prostration avec un amour indéfectible, allant au-delà des frontières de la vie ? Cet assujettissement serait-il pour nous le summum de ce qu’aucun autre être humain n’aurait été capable d’éprouver à part le chien ? J’avoue que l’idée que mon chien mourût de chagrin à mon départ ne me séduisait plus du tout. S’il venait à en être réduit à de telles extrémités, cela aurait été de ma faute ????? quelle maîtresse tyrannique j’aurais fait. Juju posa sa petite patte griffue sur ma cuisse comme pour dire : « T’en fais pas, ça va aller ! ».
J’étais en train de démonter, minutieusement, l’une après l’autre toutes les prémisses d’un raisonnement qui au fil du temps avait fait sa place dans notre manière d’appréhender le chien. J’en étais même venue à penser que cet « attachement » s’apparentait davantage au syndrome de Stockholm (2) qu’à un lien librement consenti. Malgré mes câlins, dispensés sans retenue, les parties de jeux, qui venaient rythmer nos journées, les gamelles remplies à ras bord de mets succulents, les visites de contrôle chez le véto, afin de m’assurer que tout allât bien, malgré… cette apparente convivialité, c’est moi qui décidais de tout. C’est moi qui gérais sa vie, c’est moi qui maîtrisais - le terme prend ici tout son sens - jusqu’à la réaction que je voulais obtenir !
Du Pavlov, pur sucre !
La conscience de cette emprise totale me saisit d’effroi. Toutes ces années de bonheur partagé (?) n’avaient-elles été qu’un miroir aux alouettes ? Cette joie à chaque fois que je rentrais, que pure excitation ? Ce regard empreint de tristesse alors que j’avais un coup de blues, l’expression de son incompréhensibilité ? Un monde s’écroulait, celui de ma conviction d’avoir bien agi et d’avoir mérité son amour. Finalement, n’était-ce rien d’autre qu’une soumission de plus à moi, sa geôlière ? Juju, posa délicatement un petit bisou sur ma main. Auparavant, je l’en aurais remercié et les lui aurais restitués au centuple, mais maintenant… comment décoder ?
Nos regards se croisèrent
Tant d’innocence de sa part, tant de fragilité tout à coup m’émurent au plus haut point et, lentement, une larme coula le long de ma joue. J’avais toujours agi pour le mieux et si j’avais failli ? Je la serrai fort contre moi, elle se laissa faire. Qu’importaient les théories ! Au feu les idées savantes ! Même si elle ne m’aimait pas de cet amour-là, moi je l’aimerais toujours.
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(1) Il s’agit de la pyramide des besoins. Théorie sur la motivation, élaborée dans les années 40 par le psychologue Abraham Maslow. Le premier échelon correspond à la satisfaction des besoins physiologiques.
(2) Le syndrome de Stockholm désigne la propension des otages partageant longtemps la vie de leurs geôliers à développer une empathie ou un transfert d’émotions avec ces derniers ou inversement.
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