Je sais que je m’attaque à un sujet pour le moins délicat. En effet pour nombre d’entre nous, le canapé est le seul et
unique endroit assez bien pour Médor et l’en priver c’est comme lui signifier que nous ne l’aimons pas … plus.
Alors pour toutes celles et ceux qui sont réticents au fait qu’un canapé n’est prévu que pour le bipède de la maison, je dirai qu’il ne faut ne pas oublier qu’un chien est un animal qui a besoin d’un cadre, qui le canalise tout en le sécurisant. Sans devenir pédante, enfin, j’espère, il faut rappeler que même si notre galgo a souffert, il a ancré au fond de lui des comportements canins liés à une hiérarchie millénaire.
Le dorloter, le cajoler, lui préparer de bonnes gamelles n’exclut pas que nous devons être chef de meute. Au risque d’en décevoir plus d’un, pour le chien, l’Autre, que ce soit un congénère ou un bipède ne peut revêtir que trois rôles :
- chef/fe de meute
- compagnon de meute
- rival de meute
Dans ces conditions, mieux vaut être chef de meute, tout en étant compagnon de temps en temps.
Les principales erreurs en matière d’éducation sont le fait que l’humain que nous sommes a tendance à tout interpréter
à sa sauce, un regard, une attitude du chien et hop, on lui colle nos propres sentiments. C’est ce que l’on appelle de l’anthropomorphisme ! Et c’est la catastrophe. Le chien est un
opportuniste, ce qui l’intéresse c’est de « grader » dans SA hiérarchie. Si nous lui concédons le canapé, pire le lit, des lieux hautement symboliques pour lui, c’est que forcément nous
lui sommes inférieurs. Un chien est logique dans sa manière d’agir. Il ne se pose pas trente-six mille questions, il n’hésite pas entre l’hypothèse a ou l’hypothèse b. Ce sont ses instincts qui
priment.
Se tromper dans son éducation et les conséquences peuvent être dramatiques : il n’en fera qu’à sa tête, puisqu’il est devenu, grâce à nous, grâce à notre manque de discernement, maître à bord. Les bêtises se succèderont, de plus en plus grosses et de moins en moins drôles. Nous ne reconnaîtrons plus notre chien, nous qui l’aimions tant et lui qui nous le rend si peu, puisqu’il s’acharne sur le mobilier ! Bref nous atteindrons un point de non- retour, uniquement par le fait que nous aurons oublié qu’il s’agissait d’un chien et qu’un chien reste un chien. Il fait partie d’une autre espèce que la nôtre, il a ses codes. Bien communiquer avec lui revient à apprendre son langage et non l’inverse.
Se mettre en colère ne servira à rien, lui en vouloir, moins encore. C’est la meilleure manière pour le
déstabiliser.
Il faudra tout reprendre à zéro, et agir de manière réfléchie en arborant une attitude cohérente et calme sur la durée.
Les émotions, ce sera pour plus tard. Nous devrons d’abord avoir une ligne de conduite, nous y tenir et ensuite y rallier notre chien. L’amour que nous lui portons n’entre pas en ligne de compte.
Nous devons assainir la relation entre lui et nous. C’est tout ce qui importe dans un premier temps.
Petite anecdote véridique : j’ai une amie qui du haut de ses quatre vingts printemps bientôt, a toujours fait la sourde oreille à tout ce qui de près ou de loin touchait à l’éducation de ses chiens, prétextant que chez elle, le chien était roi et que ma foi, c’était comme ça. À la maison, tout avait toujours été pensé pour les chiens et uniquement pour eux. Elle leur laissait la porte de la véranda ouverte, pour qu’ils aillent se soulager quand bon leur semblait, elle leur préparait, chaque jour, de petits plats différents, sans regarder à la dépense, partant du principe, que cela devait être fort ennuyeux de manger toujours la même chose et naturellement, elle se plaisait à dire qu’elle avait dû s’acheter une petite chaise, car tous les canapés de la maison avaient été squattés par ses amours. À ceux qui osaient sourire doucement, elle leur signifiait que c’était comme ça et pas autrement « ces petits avaient teeeeeellement souffert ! »
Résultat : ses chiens ont vieilli avec elle, leur musculature a fondu et ils ne sont
plus capables de monter ou de descendre seuls de leur canapé. Ils pleurent lorsqu’ils veulent monter et ils pleurent lorsqu’ils veulent descendre. Elle est contrainte de tous les porter, à
longueur de journée et … de nuit (!!), malgré ses problèmes de hanches, malgré sa scoliose. Si elle n’est pas assez rapide, ils essayent de descendre tant bien que mal et c’est la catastrophe, ils s’aplatissent au sol et ce qui n’était que gémissements d’impatience se transforme en hurlement de douleur. Elle vit dorénavant avec la porte de la véranda
ouverte, été comme hiver, puisque ses petits vieux sont quasiment tous devenus incontinents et veulent sortir même pour une goutte de pipi. Les repas sont devenus un pensum sans nom : ils
font les difficiles, ils ne veulent plus manger ce qu’elle leur prépare et elle doit leur concocter 2-3 menus différents à chaque repas, qu’ils boudent ou qu’ils repoussent du bout de leur
truffe. Certains ne mangent plus qu’à la main, lorsqu’il ne faut pas leur courir après. Les repas durent des heures ! Elle est à bout, physiquement et psychologiquement. Si c’était à
refaire, elle ne commettrait plus du tout les mêmes erreurs. « Mes galgos sont toujours mes amours, mais, j’en ai fait de véritables tyrans » m’a-t-elle avoué, un jour, du bout des
lèvres.
Si vous avez des problèmes avec votre chien, n’hésitez pas à contacter l’association. On se sent seul et l’on culpabilise dans son coin. Les jours, les semaines passent et cela ne fait qu’empirer.
S’il vous plaît, n’attendez pas, cela ne sert à rien. Plus vite les choses rentreront dans l’ordre, plus vite votre histoire d’amour avec votre compagnon reprendra son cours.
Votre chien a besoin de vous pour s’en sortir.
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